« 4 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 163-164], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.724, page consultée le 25 janvier 2026.
4 mars [1836], vendredi matin, 8 h. ½
Bonjour mon adoré, bonjour mon petit homme chéri. Je suis réveillée de très bonne
heure parce qu’on avait donné d’immenses coups de sonnettes chez moi. J’ai fait
appeler la portière pour savoir ce que cela voulait dire. Elle m’a répondu : que
c’était le raccommodeur de faïence mais cette femme est si menteuse que je ne sais
à
quoi m’en tenir.
Au reste je ne me plains pas. Je t’écris plus tôt, je pense à
toi plus fort et je t’aime de toute mon âme. Je vais profiter du temps que j’ai devant
moi pour écrire à Mme Lanvin car il faut enfin que nous prenions le parti de déménager le plus
vite possible.
J’espère, mon petit Toto chéri, que tu ne te ressens plus de ta
douleur de côté. Je ne veux pas que tu souffres, moi. Le mal n’est pas fait pour toi.
C’est bon pour une vieille bête comme moi. Mais il n’est pas juste qu’il s’attaque
à
un joli petit homme comme vous.
Bonjour.
Vous êtes ma joie, vous êtes mon
petit Carle Vernet1, vous êtes mon Toto méchant, vous êtes mon
amour et vous êtes mon amant bien aimé.
Je vous attends à pied comme à cheval et
vous baise de toutes les manières.
J.
1 Sans doute le peintre, mais on ne voit pas la raison de cette dénomination.
« 4 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 165-166], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.724, page consultée le 25 janvier 2026.
4 mars [1836], vendredi soir, 7 h. ½
Mon cher petit homme chéri, je t’écris avant dîner parce que la soupe n’est pas
encore prête, et puis aussi parce que j’ai été bien méchante et que je veux t’en
demander pardon de tout mon cœur.
Je ne sais pas si c’est le mal qui me rend
méchante, ou si c’est la méchanceté qui me rend malade, mais ce que je sais, c’est
que
je souffre des douleurs atroces comme je n’en avais pas ressenti depuis longtemps.
Si
je m’écoutais, je crierais de toutes mes forces. Je ne peux pas y tenir, mon Dieu.
Le
cœur me manque, je t’écris ma lettre à bâtons rompus. Mais je te l’ai déjà dit, je
sens le besoin de te demander pardon de ma maussaderie et de mes sottises. Je t’aime,
vois-tu, mon pauvre Toto, je t’aime de toute mon âme. J’ai quelquefois du chagrin,
de
l’ennui, de l’inquiétude qui obstruent ma cheminée et qui la
font fumer plus que de raison, mais le feu d’amour qui brûle dedans n’en est pas moins
vif ni moins brillant pour cela. Je prends mes images un peu du
haut en bas mais qu’importe si je parviens à te faire comprendre que je t’aime.
Bonjour mon amour, bonjour mon Toto, tâche d’oublier ma maussaderie pour venir
plus vite auprès d’une très aimable et très aimante fille appelée.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
